Bob competition in Alpe d’Huez

Le temps s’est déplacé. Hier a fui si loin devant que je ne parviens presque pas à le rattraper. Maintenant, je suis las. Devant mon ordinateur. Comme un bluesman devant sa guitare, en train d’écouter un vieux morceau de vie qui chante en 4/4 sur un rythme binaire. J’entends les harmonies de ces années-là. J’avais à peine vingt ans accompagnés de quelques poussières. Il était déjà plus vieux, plus grand, plus présent. Il planait très haut dans des cieux pas toujours accessibles, quelque part entre le dancefloor et le plafond illuminé de projecteurs scintillants. Dehors, la neige étouffait le silence.

À l’intérieur, la chaleur m’envahissait comme en cet instant. Je nageais dans une atmosphère placentaire. Il me parlait, essayant d’attirer mon attention. Je crois maintenant qu’il aurait apprécié que je réagisse dès ses premiers mots. Mais je jouais à faire tintinnabuler les glaçons dans mon verre. Mais j’avais les yeux attirés par des étoiles aux longs cheveux blonds nimbés du givre de cet hiver alpin. Mais personne à l’Alpe d’Huez ne lui prêtait l’attention qu’il méritait. Son regard était imaginable. Le moindre de ses mouvements était une incitation à la nonchalance sur la piste de danse. Sourd à ses invitations, je m’ancrais dans un canapé sans couleur ou, au contraire, colorié par les brûlures de cigarettes, les Cuba Libre renversés, les brins d’herbe caramélisés dans leur papier Zig-Zag à bord gommé. Il ne craignait personne. Il s’imposait par dessus tous les play-boys de sa génération. Il pouvait évoquer de longs voyages pareils à des exodes, ou vous proposer de venir le rejoindre pour une jam entremêlant des solitudes disparates. C’était son univers. Le mien était plus terre à terre, plus coeur à corps. J’aimais les filles dont j’étais amoureux comme à dix-sept ans. Je les aime toujours. Je suis juste plus vieux. Elles aussi. À l’époque, je préférais les enchanter plutôt que de les inviter à se balancer sur sa voix. Même quand il me conseillait de baisser les lumières, de fermer les rideaux parce qu’il souhaitait me connaître, me donner de l’amour ou simplement parce qu’il voulait entrer dans ma vie, je ne m’attardais pas sur ses mots.

Aujourd’hui raisonnent en moi ses paroles évoquant trois petits oiseaux au matin sifflotant que tout va bien aller. Seulement, au milieu de ces nuits lointaines, je ne l’écoutais pas. Il chantait encore plus fort. De plus en plus souvent. Le DJ l’adorait. Moi, malgré mon esprit aussi embrumé que le ciel sorti de cette boîte de nuit, je gagnais le cercle des danseuses attirantes, des danseurs titubants pour être bercé par sa mélopée comme un petit enfant incapable de comprendre. Emporté par des musiciens libérés de toute astreinte, il a quand même réussi à me harponner avec son One Love / People get ready, en me conseillant de danser avec les Ras, de me sentir juste bien, vraiment cool, totalement irie*. Et tout est bien allé ! Ce soir, son reggae initie un coup de blues qui ne dure pas. Il était celui qui parlait à chacun dans les fumées que j’ai appris à apprivoiser. Avec les images de mes westerns d’enfants remplis de chamans apaches. Depuis, j’ai rejoint les Buffalo Soldiers pour marcher avec les lions, emporté par ses hymnes éternels. Et devant un verre de vieux rhum jamaïcain, ce soir, je vous offre mes premières rencontres avec Bob Marley. Respect.

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