COMME DES BETES

Les simulacres s’exhalent dans les nuages cotonneux qui flottent à la surface miroitante d’un lac de montagne à découvert.

Ils s’exhalent dans l’attirance printanière d’une fleur des champs qui se joue de ses attraits pour attirer l’abeille butineuse partie féconder le monde de son dard mellifère.

Ils s’exhalent dans le roucoulement léger d’une colombe perchée sur la branche de mon olivier picorant, du bout de son bec, quelques graines suspendues au bon vouloir du temps codicillaire.

Ils s’exhalent dans le bruissement furtif des petites feuilles volantes d’un chêne vert sur lesquelles s’encrent les mots d’amour de notre roman épistolaire.

Ils s’exhalent dans la distance qui sépare mon regard du tien quelques secondes avant que nos bouches ne se découvrent derrière un sourire solaire.

Ils s’exhalent dans le plaisir de ton corps alangui quand la caresse de mes lèvres sur ta peau laisse percer un soupir entre tes lèvres subliminaires.

Ils s’exhalent dans le sacre du printemps quand les coeurs amoureux gonflés de la sève du bonheur se posent dans la pleine conscience de leurs corps volontaires.

Ils s’exhalent dans un air de saison qui chante les délicieux désirs de ta chair avide de s’éveiller en un va-et-vient gainsbourien entre tes reins ou dans le bourgeonnement fleuri de la pointe de tes seins mamillaires.

Les simulacres établissent le premier lien perceptible de l’adulation ancestrale entre notre animalité et l’humanité obligée, acculant la vie à renier nos racines communautaires.

Ils émergent dans le clin d’oeil énamouré de ma tortue miniature quand elle dresse sa petite tête pour me dévoiler sa sensualité diamantaire.

Ils émergent dans le ronronnement tranquille de mon vieux chat de poète, niché entre mes mains occupées par les touches enfoncées de mon clavier et la chaleur de ma poitrine solidaire. 

Ils émergent des empreintes lues des pattes de mes chiens dessinant le chemin d’une destinée que je poursuis dans l’envie d’une passion en tendresse crépusculaire.

Ils émergent de l’instinct sauvage d’un lion planté sur son trône à l’ombre d’un acacia guettant l’éternelle menace de l’humain contre sa tribu modulaire.

Ils émergent de l’oeil fauve d’un vieux loup éborgné qui plonge dans les yeux de sa compagne pour y dénicher la lueur impérissable de leur alliance volontaire.

Quatre siècles avant notre ère, Démocrite, penseur matérialiste et voyant impénitent, alors que la mort l’appelait durant les Thesmophories, a prolongé sa fin de vie en se nourrissant du simulacre onctueux d’un pot de miel ouvert. Chaque jour de plus, posé à son chevet par un de ses fidèles attristés à l’idée de ce départ programmé, comme un vieux chien qui maintient effective la connexion avec le regard embué de larmes de son maître, pendant une infinité de secondes, avant sa première et dernière piqûre mortifère. 

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