Les rumeurs de Noël

Beaucoup de mes écrits sur ce lien sont inspirés par les ateliers d’Ecriture de Laura Vazquez (que je remercie vivement. Tout y est gratuit : la découverte et le plaisir). Mais là, je plonge dans ce qui m’est cher, une forme de conte. Profitez.

Ce matin en me levant, j’ai senti que quelque chose de drôle venait à ma rencontre. Je suis donc parti dans la forêt avec mes chiens. Vous les connaissez maintenant. Le grand blanc qui ressemble à un loup. Charmant au demeurant. Et la noire qui est pleine de gentillesse dans le regard, mais que la vie a meurtrie dans l’enfance. Alors elle montre les crocs. Pas ce coup-ci. Ce coup-ci nous étions sur un chemin abandonné, connu des seuls aventuriers du coin. Un de ces petits chemins qui sent l’hiver parce qu’il est recouvert de feuilles de chênes, toutes envolées depuis l’automne.

J’ai dit que j’ai senti quelque chose venir à ma rencontre. C’est faux. C’est moi qui suis allé droit dessus. J’ai dit que j’ai senti quelque chose venir à ma rencontre. C’est faux. C’était quelqu’un. Il était assis sur un rocher, au pied d’une petite falaise comme il y a chez nous. Des pierres grises avec un peu de mousse parfois. Pas trop quand même. Lui aussi était gris. Enfin, par les cheveux. Gris comme entre chien et loup. Des longs cheveux gris blanc. Son visage, en revanche, était comme lumineux. Doré. C’est ça. Doré. Enfin, je crois.

Il m’a intimé l’ordre de m’asseoir. Là. Devant lui. Les chiens n’avaient rien dit. Le blanc s’est approché de lui. Lui l’a regardé. Mon blanc s’est couché. Charmé. J’ai cru que la noire lui souriait. Non, elle lui souriait pour de bon. C’est sûr. Je ne vous donne pas le nom de mes chiens parce que c’est intime. Je ne vous donne pas le nom du bonhomme parce que je ne l’ai jamais su.

– Je reviens de la forêt de Mordorée, m’a-t-il dit. On raconte que là-bas, une biche pleure des larmes comme des perles et que dans chacune d’entre elles, elle enferme l’image de son faon qu’un chasseur a tué pour en offrir le cœur à une princesse. Celui qui ramasse ces pleurs partage sa tristesse. Alors, elle se sent moins seule. Une rumeur dit qu’un écureuil vole les réserves de ses congénères et se prend glands et noisettes en quantité hivernales. Seulement, ce n’est pas vrai. Dans les enroulements de sa queue, le petit espiègle passe son temps à récurer les logis de sa queue touffue comme un plumeau. D’après certains esprits joyeux, il paraît que la belette qui avait disparu est revenue de son intrusion à poulailler land. Elle a ramené des cadeaux pour ses amis qui en étaient si heureux qu’ils en ont dansé toute la nuit. Le loup et le renard sont de piètres danseurs, mais elle leur a tourné les sens, en ballet. 

Mes chiens écoutaient. Ils entendaient. Moi, j’étais serein comme un oiseau. J’attendais la suite.

– Les gens parlent tellement ! On dit aussi que dans la forêt de Mordorée, les arbres ont dressé un paravent derrière lequel les animaux singent les humains. Le blaireau devient poète et se la poète en vers ou en insectes. Le lapin fait son malin en prétendant s’appeler Jeannot et pondre des romans comme il pose son trop-plein. La chouette hulule aux étoiles. Parce qu’elle se sent star, la petite hulotte qui en jette à ses admirateurs. On dit enfin que les ronces s’apprêtent à se faire muraille et que je suis le dernier représentant de l’espèce humaine à avoir jamais pénétré le cœur de cette forêt où la Terre prépare l’after.  D’après ce qui se murmure dans les feuillages et les branchages. Ces on-dit que le moineau amène au corbeau qui les donne à l’aigle qui les redescend. Seul celui qui aura déniché la lumière du vivant pourra demander aux ronces de lui ouvrir la route. Mais toutes ces rumeurs m’énervent et je suis déjà au bas de la page. Va ton chemin, ami. Tes chiens te protègent. Aime-les. Et que les fêtes soient belles. Va…

Je crois que je lui ai dit merci, que j’ai repris mes chiens et la marche. Et j’ai marché, marché jusqu’à la nouvelle année en espérant y trouver l’éclairage d’un nouveau jour.

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