INDIAN RUN

9h30. Lui dans la voiture. La compagnie n’est pas mauvaise, en fait. Quelques centaines de personnes mobilisées pour l’événement ! Pour la plupart – pour ne pas dire l’immense majorité – c’est leur premier séjour en Provence. La route est tranquille, le soleil monte, déjà bien chaud. Un 20 août, difficile d’avoir du mauvais temps, même en ces années-là ! Peut-être un orage de saison, mais en général, ça gronde surtout dans les montagnes au-dessus des gorges du Verdon. 

Ici, vers Rians, c’est la plaine avec des collines tout autour. Ça sent la garrigue, le thym et le romarin. Enfin, les autres jours. Aujourd’hui, ça pue ! 

Lui ne sent rien, même pas la sauge. Faut dire que la sauge elle est à côté des maisons, dans les domaines, dans les fermes. Pour soigner, pour guérir, pour protéger, pour conjurer le mauvais sort. Pas au bord de la route. On est en France, ici. 

Lui, il a brûlé son dernier bouquet de sauge sur le bateau. Il s’était offert une ultime fumigation avant de débarquer. Mal lui en a pris ! C’est à cause de ça qu’il est là maintenant, à bord d’un véhicule cahotant, un casque sur les oreilles, censé diriger le pilote. Dans tous les cas, c’est pas trop difficile, il suffit de suivre la caravane en route pour un inconnu à dégager.

Bref, il ne se sent pas dans son élément. Pas plus que depuis qu’il a rejoint le grand carnaval de l’aventure en terre étrangère. 

Dès le départ, ça avait mal commencé. Il était sorti de sa réserve pour s’engager. Son grand-père lui avait déconseillé « Les Blancs, s’ils viennent te chercher, c’est pas pour tes beaux yeux ! Quand ils ont pris Geronimo, c’était pas pour profiter de sa médecine ! » Il n’avait pas tort, l’ancien. Pas tout à fait. Les Blancs n’avaient pas besoin de ses yeux. De ses oreilles aurait été plus approprié. Puis aussi de son esprit de guerrier, d’héritier des ancêtres mythiques qu’il n’avait pas connus, mais dont on lui avait dit le plus grand bien. L’un d’entre eux n’était-il pas un cheval fou ?

T’as beau descendre en ligne droite de Crazy Horse, quand le vent de la peine se lève, il tortille les chemins, il les embrouille, il les déplace. Contre la peine, il avait choisi d’opposer son courage. Mais pendant un mois sur un rafiot, son courage avait fondu comme un bloc de sel dans la flotte.  Alors, lui s’était réfugié dans la magie. Son grand-père citait Geronimo toutes les cinq minutes. Parce qu’il était lui aussi un medecine-man. Lui, le grand-père ! Alors le petit-fils pourrait l’être aussi. Lui, le petit-fils, c’est ce qu’il s’était dit quand il avait embarqué. Il fallait qu’il trouve sa médecine, sa magie. 

Il l’avait trouvé en partie. Il avait demandé à un mécano de lui découper le cul d’un fût façon steel-drum plat, il avait récupéré une cuillère en bois pour taper dessus, un pinceau et des fonds de peinture pour y griffonner des signes cabalistiques, des protections traditionnelles de chez lui, là-bas de l’autre côté de la grande eau. 

C’était la première fois qu’il avait vu la mer. Elle était tellement infinie qu’elle avait d’abord été océan pendant des jours et des nuits à se traîner sur le pont, à gerber à l’occasion, à manger comme les blancs, à se vautrer dans un hamac suspendu. Il aurait dit quoi Crazy Horse dans cette situation ? Rien. Il n’aurait jamais dit oui. Il était révolté, pas conciliant ni orgueilleux. Il était seulement blessé, salement blessé par ces émigrants qui lui prenaient ses terrains de chasse. Il ne serait jamais monté dans cette galère. Lui, le petit-fils du grand-père, s’était laissé tenter. Pour un territoire mouvant. En mer, il n’y avait aucune chasse. Juste la pêche. Alors, il avait trouvé refuge à un bout du bateau où il se rendait afin de battre tambour en invoquant les esprits pour le guider sur le sentier de la guerre. Pas la sienne. Celle des autres. Des Blancs. Des Blancs aux langues qui étaient différentes, mais sonnaient quand même toutes pareil. Ça dépendait des Blancs. Sur le bateau, ils parlaient tous le même Blanc, sauf deux gars qui étaient français. Lui comprenait bien le Blanc de chez lui, mais le Blanc de ces deux-là lui était aussi incompréhensible que du Navajo. Il avait fini par savoir que c’était chez eux qu’ils se rendaient. Il avait vu leurs yeux briller lorsqu’ils avaient quitté l’océan pour une mer dont le nom lui était imprononçable : Méditerranée. Il avait fini par comprendre un peu plus parce que les Français aimaient beaucoup les Indiens. D’Amérique, pas d’Inde. C’était à cause du Buffalo Bill’s Wild West Show qui avait tourné en Europe au début du siècle. Le plus âgé des deux Français qui parlait un peu anglais (le blanc de chez lui -NDT) lui avait expliqué que son père l’avait mené voir le grand cirque de l’Ouest sauvage. 

Il se demande où ils sont passés ces deux-là. Ils doivent être au bar parce que c’est chez eux. Ils doivent connaître le chemin. Il les retrouvera peut-être ce soir au nouveau bivouac. Mais il y a tellement de participants que c’est difficile de repérer les équipages. Qui plus est si ces équipages ont été mélangés au dernier moment ! 

C’est ce qui s’était passé pour lui il y quelques jours. Alors que le bateau approchait des côtes où grondait un tonnerre mécanique malgré le ciel bleu azur de la région, il avait voulu se livrer à une petite cérémonie avant de poser le pied sur cette nouvelle terre. Il s’était trouvé à contre-courant de tous ses camarades qui se précipitaient vers les cales. Il avait rejoint son coin à lui, sur le pont et il avait frappé son tambour de métal, il avait chanté les voix de ses ancêtres, il avait dansé, dansé à se tourner la tête, dansé à s’oublier, dansé à rejouer l’attache au soleil, dansé à ressusciter les fantômes de son peuple emporté par la tornade blanche. À la fin de sa danse, il avait jeté à la mer et le tambour et la mailloche-cuillère ou la cuillère-mailloche, il avait offert les derniers brins de sauge au mistral, puis il avait couru comme un dératé pour rejoindre une péniche qui le rapprocherait du rivage. À bout de souffle, il avait vu le navire larguer les amarres. (Enfin, il l’avait vu repartir vers l’horizon. Son vocabulaire était quand même limité dans la langue des Blancs de chez lui. NDT). De toute manière, il n’avait pas embarqué pour être écrivain. Il ne l’était pas plus en débarquant à Sainte-Maxime le 15 août 1944 avec le 180th IR et ses trois compagnies. 

Après la Normandie (dont il ne connaissait que le nom), le 6 juin, les Blancs de chez lui étaient arrivés comme le 7th de Cavalerie dans les premiers westerns pour retourner la situation et délivrer le Nouveau Monde des sauvages qui refusaient la civilisation. 

Aujourd’hui, il a quand même bien compris que ceux qu’ils vont combattre sont civilisés, mais très sauvages. Des nazis ! Ça lui rappelle le nom d’une tribu mystique du sud-ouest de son pays – enfin, du pays de ses conquérants – les Anasazis. Mais rien à voir ! Sauf que des Anasazis, il reste encore quelques descendants pueblos et hopis. Que restera-t-il des nazis quand son pays à la bannière étoilée aura libéré la vieille Europe ? Il y en a bien quelques-uns qui subsisteront ici et là, à la manière des Blancs de chez lui ou d’ailleurs, parés à faire de la politique une nouvelle guerre. Mais après la déroute normande, celle-là ne devrait pas trop durer. Les nazis seront poussés dans leurs derniers retranchements et leur Führer n’aura guère d’espace pour guider qui que ce soit.

Lui, il a beau être Indien, il n’est ni sourd ni muet. Ni aveugle non plus. Il voit bien que ses deux équipiers dans cette jeep kaki garnie d’une étoile blanche à l’avant – ses deux équipiers ne l’aiment pas. Parce que les Blancs de chez lui n’aiment pas les Indiens. Ils n’aiment pas les Noirs non plus. Personne ne pense même qu’un jour, ils ne diront plus Indien, mais Amérindien. Lui préférerait Native ou Indigène. Il fera une cérémonie pour ça plus tard. Il fera aussi une cérémonie pour tous les soldats noirs qui ont sauté dans l’eau le 6 juin et ont coulé directement parce que leur paquetage était trop lourd et parce qu’aucun Noir ne savait nager. Il la fera aussi pour les jeunes Blancs enlevés à leurs parents dont on avait fait des guerriers sans même les initier.

Pour le moment, lui regarde la Provence qui s’étale. Il est attentif à en saisir le moindre mouvement, le plus petit éclat, la plus légère odeur si celle du gas-oil n’empestait pas autant. Ça, il le sent. Puis ça le dérange. Il pourrait trouver ça beau s’il avait eu l’occasion de faire du tourisme. Seulement, il n’est pas là pour prendre des photos ! Il ne sait pas pourquoi il est là. En fait, il s’en fout complètement.

La radio à ses côtés grésille. Il change de casque. Il enlève son casque de protection réglementaire militaire pour prendre les écouteurs.

– Alors l’Indien ! Qu’est-ce qu’y disent là haut ?

(La traduction est approximative. La réplique originale est plus crue : Hey Fucking bastard ! what the hell is your fucking indian pal speaking about ?) 

L’Indien, ce n’est pas son nom. Il s’appelle Joe. Enfin, on l’appelle Joe. Son vrai nom c’est Faucon-qui-crie. Mais là, il est carrément muet. La radio crache à nouveau.

– Oh l’Indien, qu’est-ce qu’y disent ?

– J’en sais rien, répond-il. J’ suis pas un putain de Navajo ! Je code pas, Bunny !

Un coup de tonnerre trouble le rythme monotone des moteurs. L’Indien rajuste son harnachement. 

– À quoi tu sers si tu décodes pas ?

– Je décode quand le message est dans ma langue ! éructe-t-il. Pas quand c’est en navajo ou en putain de langue hopi, zuñi ou anasazi !

Là, d’un coup, il se lâche. Comme aucun des deux ne lui a rien demandé depuis qu’il a embarqué à leurs côtés, il a fait le mort jusque-là. Il sait bien le faire. Il sait très bien qu’il n’est ni dans la bonne compagnie ni dans la bonne section. Le 170th a des codeurs lakota. Cette compagnie, c’est la 180th. Les codeurs sont des Choctaws. Enfin, dans le même genre. Parce que les Blancs de chez lui avec les Blancs de France ont trouvé que pour communiquer sans se faire comprendre par les Blancs nazis, il fallait utiliser les langues indigènes. Seulement, au lieu de ne s’en prendre qu’à une seule tribu, comme les Apaches dans le temps ou les Cheyennes, les chefs blancs de chez lui ont attribué une langue indigène à chaque compagnie. Comme il avait sauté dans la première péniche qui passait vu qu’il avait perdu du temps pour sa danse sacrée, il s’était trompé de numéro. Pour les Amérindiens, les chiffres n’ont aucune importance. L’ordre est celui de la Nature. Pas celui de l’armée. Maintenant, il est dans la merde. Depuis quelques jours. Mauvaise compagnie ! À l’autre bout des ondes, celui-qui-parle parle sa langue à lui, mais pas la sienne. Et s’il répond ce sera vice-versa. Pourtant il répond. En lakota. En lakota qu’un Navajo ne comprend pas. Lui, il répond parce qu’il voit bien que les deux soldats blancs de chez lui dans leur jeep kaki à tous les trois vont le détester s’il reste muet. Alors il parle. 

Il explique que le Gand esprit l’a abandonné le jour où il s’est engagé aux côtés des militaires de son pays – pas de sa réserve, de son pays. Les politiques et les militaires ont décidé de traverser l’Atlantique pour retourner d’où ils viennent depuis cinq cents ans. Pas pour s’y installer à nouveau et abandonner aux bisons et aux Indiens leurs pâturages des temps anciens. Non, juste pour mettre de l’ordre chez les descendants de leurs ancêtres.

La radio réplique. À l’autre bout de l’onde, le code-talker Navajo a compris. Il ne parle pas lakota, mais Wakan Tanka, il connaît. Si un Native invoque le Grand Esprit, c’est soit qu’il est joyeux, soit qu’il est emmerdé. Et aujourd’hui n’est pas un hymne à la joie. Sauf pour ces Blancs français qui les applaudissent alors qu’ils quittent Rians libérée, Rians où ils avaient posé leurs sacs pour la nuit. Le radio navajo parle bien anglais, aussi il lui passe des instructions. Il lui explique simplement que sa compagnie est actuellement sur les Alpes. Il lui raconte aussi qu’il a un cousin qui est avec le 180th, qu’il est éclaireur et aura des infos. Il le contacte avant de rappeler Joe l’Indien et son équipage quelques minutes plus tard. 

– Qu’est ce qu’il dit ? demande le gradé à la droite du pilote lui-même droit dans ses bottes.

– Il dit passage Jouques no problem. Allemands no force sur village. Après danger.

– Putain, tu parles vraiment comme un Indien ! Il a dit que ça ? Il a parlé longtemps…

– Salutations indiennes, réplique Joe.

Le gradé interpelle alors le conducteur :

– Demain on prend un autre Indien, celui-là ne pige rien !

Joe parle bien le Blanc de chez lui. Mais il n’a pas envie de faire un effort. Alors il garde pour lui les autres informations, les informations de ceux qui ont échappé au massacre du maquis de Jouques.  Ils les mettent en garde contre une tentative d’affrontement entre Peyrolles et Meyrargues. Plusieurs batteries allemandes seraient en place. 

D’ailleurs, le son du tonnerre n’a rien de naturel. C’est de la grosse artillerie allemande, sept canons de 105 qui balancent leur mort. 

Alors qu’ils roulent d’un bon train, une autre jeep se colle à leur hauteur. Un autre gradé, un plus gradé, hurle des ordres leur intimant celui de s’engager sur un chemin avant d’entrer dans Peyrolles, de prendre au pied des collines, à gauche, et de contourner les forces allemandes qui sont sur la route principale afin de faire un rapport. Il les envoie en éclaireurs.

– Notre Indien ne pige rien, hurle la gradé de sa jeep Il sert à rien. Vous le voulez pas ?

Le second véhicule s’éloigne.

Joe a bien entendu et il en a marre de ce putain de Blanc arrogant, un Blanc bien de chez lui convaincu de sa supériorité alors qu’il ne voit rien de ce qui se trame. 

Le passage à Jouques se fait dans l’allégresse des femmes et des hommes heureux de cette libération attendue.

Pas le temps d’apprécier. Sur ordre, le conducteur pousse la jeep, remonte le convoi, double tous les véhicules, s’élance sur le chemin indiqué.

Peyrolles est sous le feu de l’artillerie allemande. Dans la jeep, Joe retrouve son instinct de guerrier. Son pouvoir de vision aussi. Sa médecine lui ouvre l’esprit. Il s’en sert.

Parce qu’il sait depuis longtemps que tous les Blancs ne sont pas idiots, il se doute que la poussière de la jeep seule sur ce chemin ne va pas manquer d’attirer l’attention des Allemands. Mais ses deux compatriotes, emportés par le désir de briller ne voient qu’eux-mêmes. Fiers d’être ainsi portés en éclaireurs, ils roulent sans chercher à se cacher. Devant leurs yeux pétille leur espoir de médaille. Alors que lui, Faucon-qui-crie, sait que la guerre nécessite patience, observation, lenteur avant l’action, avant la charge de la horde. 

À la hauteur de ce qui sera un jour le Camp des Chinois, Faucon-qui-crie aperçoit son animal totem courant en parallèle à la jeep. C’est un lynx. C’est son lynx. Un sourire qu’il est le seul à voir illumine son visage. L’esprit animal se fond dans l’esprit de l’homme. La fusion est instantanée. Aussi, quand le lynx plante ses griffes dans la terre de Provence pour stopper net sa course, Faucon-qui-crie ne cherche pas à comprendre.

D’autant moins qu’à quelques kilomètres de là, à la sortie de Meyrargues, depuis une butte, ils ont été repérés par un officier allemand qui vient d’ordonner le feu.

Quelques secondes plus tard, la jeep part en fumée. L’esprit de ses deux Blancs de chez lui, un peu plombé, s’éparpille dans la garrigue. Le sien s’élève plus haut que la fumée des canons.

Le 20 août 1944, les trois compagnies du 180thIR de l’armée américaine de libération ont affronté les troupes allemandes placées sur leur route pour retarder leur avance. Parmi les soldats américains morts au cours des combats se trouvait Andrew Perry, un indien Choctaw de l’Oklahoma, un code-talker décédé à l’âge de vingt-trois ans. Il appartenait à la compagnie C. Il est enterré au cimetière de Draguignan.

Que son Esprit soit à jamais honoré par tous ceux qui passeront où il a trépassé, tombé en terre de France pour délivrer un monde qui avait volé à son peuple ainsi qu’à tous les peuples autochtones leur Terre pour mieux la bousiller au cours des cinq cents années suivantes, balayant leur courage, leurs espoirs, leurs croyances et leurs savoirs proches de la vraie nature, de la vraie harmonie du cosmos. 

Faucon-qui-crie n’est pas mort ce jour-là. Il a sauté de la jeep avant qu’elle ne soit touchée et son corps molesté par la colline l’a roulé au pied d’un buisson de sauge sauvage. Alors, il a suivi la piste du lynx. Il s’est enfoncé dans la forêt pour soigner ses blessures dans la tanière de l’animal, quelque part au pied du Concors.

Plus tard, enfin rétabli, il a déserté l’armée des blancs de chez lui, a marché, marché jusqu’à sentir le vent de la mer. Quand il l’a retrouvée, cette mer qui l’avait emmené loin des siens, il était aux Saintes-Maries. Il y a croisé une tribu de non-blancs (mais quand même un petit peu -NDT). Il les a rejoints, a joué du tambour, chanté et dansé pour Sainte Sara, la Vierge noire, a appris à jouer de la guitare le soir dans une caravane pendant que ses cheveux recommençaient à pousser, a rejoint des gardians sur des petits chevaux blancs, puis il a refait sa vie et le monde pour qu’un jour un arrière petit-enfant – une fille certainement, une gitane dreadlockée altermondialiste – raconte son histoire, ce coup du sort quand, à bout de souffle, il a cru voir la vie larguer les amarres. 

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