Life in the woods

Jah vit dans des papillons aux ailes rouges

ou noires comme l’anarchie 

piquetées de points d’un blanc virginal

Jah vit dans les hirondelles 

aux queues effilées comme les aiguilles d’un sapin

penché au bord de l’étang de Walden

Les héritiers de Thoreau – mais ils ne le savent pas, car d’une part, personne ne leur avait enseigné d’autre lecture que celle de la Bible, d’autre part le philosophe de Concord n’était pas encore né – les ascendants de Thoreau, donc, ont déserté les champs de cannes à sucre comme les coups de fouet des contremaîtres pour gagner les jungles profondes des îles de la Caraïbe ou de la Réunion. Ils ont engendré les Maroons, pauvres, mais libres, accrochés à la nature par l’indéfectible tige d’une survie à tout prix, planteurs de ganja, de zamal, de cannabis. Certains, dans un contexte malsain de mainmise d’exploiteurs blancs ont traîtreusement été amenés à trahir leurs frères de peine, leurs frères de couleur toujours esclaves. La plupart se sont perpétués dans la liberté enracinée dans la terre.

Guidés par des instincts profondément naturels, les héritiers de Thoreau se sont référés à des prophéties noires pour s’élever au Pinnacle. Hommes et femmes y ont ainsi exhibé de monstrueuses dreadlocks quoique leur présence n’ait jamais effrayé autre chose que des politiciens.

Fuyant l’Establishment en assumant sciemment leur choix, les héritiers de Thoreau sont montés sur la route, dans des trains de vagabonds célestes, dans des wagons de beatniks. Ils y ont inspiré les hippies des années soixante-dix. Ils ont planqué leurs herbes magiques dans des communautés de géodes en tissus, dans de vieux bus scolaires peints à la Day-gloo, dans des cabanes en plein milieu du comté de Humblot ou dans des hameaux désertés sur les coteaux de l’Ardèche. 

Bien que les systèmes d’éducation stériles ne leur ait jamais appris à lire de la philosophie, les héritiers de Thoreau se sont regroupés dans des free-parties bruyantes, pleines de musiques électroniques irrespectueuses. Dans la transe des boucles diffusées par les sonos sauvages, ils ont essaimé la liberté de l’ivresse acoustique jusqu’aux Dub Stations. 

Dans les pas de chanteurs jamaïcains prônant l’unité, des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des vieilles, des blancs, des blanches, des asiatiques, des blacks de tous sexes, des métis de toutes teintes, tous héritiers de Thoreau ont absorbé les principes d’une nouvelle livity. Chacun trouve sa place dans sa manière d’accepter Rasta comme une philosophie que n’aurait pas renié le penseur de la Nouvelle-Angleterre.

Toutes ces fraternités d’esprit travaillent à l’avènement de la concorde universelle.

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